mercredi 28 janvier 2015

Faste (mais pas furious)

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Et pour ce qui est d'Angoulême, petit rappel pour les non-résidents de la capitale :



jeudi 8 janvier 2015

Tout ira bien






         Aussi choqué ai-je pu être à cette tuerie chez Charlie Hebdo, il n'y a pas d'autres mots, j'aime toujours autant les gens. Je venais pourtant de vivre un moment difficile personnel aussi, mais rien n'y fait, mon cerveau n'en eut rien à foutre : j'aime les gens. D'hier, on retiendra surtout les décès, et c'est normal. Mais en position deux, voici ce que l'on doit avoir en tête :
         J'ai vu des gens s'engager, aller dans la rue, des personnes qui donnaient l'impression de s'en contrefoutre, d'anciens potes laxistes, des trolls qui crachaient sur le Charlie. Je pensais que nous, les dessinateurs, étions vu comme les 10 tontons foireux du coin de table, à faire leurs blagues salaces à la grande lassitude des autres, les canards noirs de la famille. Forcé de constater que nous sommes un peu plus de 10, et que nos blagues ont un écho. J'ai vu des illustrateurs faire des hommages, d'autres qui ne savaient pas dessiner citer Charlin Chaplin dans le Dictateur, Banksy, ou Louis CK et son T-Shirt gribouillé. Une place de la République à Paris rempli d'anonymes et de célébrités dans le même bouillon, enlevant la sacro-sainte distance que l'ont met parfois à tort entre les deux. Ça, pour moi, c'est être humain, alors oui, j'aime les gens.

         Demain, trois tocards iront crier qu'ils l'auront bien mérité, et trois autres tocards leur répondront avec la même violence, au flingue, à la bombe, à la perceuse, Qu'on s'entende, ces gens sortent de leurs rôles d'humains. Ils n'ont en fait que le poids qu'on leur donne : l'arbre qui tombe fait plus de bruit que la forêt qui pousse, ne dit-on pas ?
         Pour moi les humains c'est cette dame qui crie « si vous n'avez pas de pancartes, levez vos stylos, c'était leur arme à eux » , c'est qu'une douzaine de morts à Paris fassent pleurer à New York ou Barcelone, c'est ce couple qui me tend un mouchoir quand je pleure dans le métro le cœur brisé par telles ou telles affres sentimentales, ce vieil homme à l'air sévère qui me prend en stop jusqu'à ma rue, c'est des avatars noirs sur les réseaux sociaux, c'est des visages contre la peur ; c'est ce grand black qui me sourit dans le métro parce qu'on joue au même jeu sur nos téléphones, des amoureux ados, des boulangers qui disent bonjour comme personne, les 3 maghrébins qui rigolent fort au PMU en bas de chez moi, le bar lesbien ou je traine sans que mon sexe masculin soit un problème, ma voisine qui me prête du sel, les deux filles que je gardais et qui continue à vouloir me voir pour discuter, les gens qui m'envoient de gentils e-mails quand je dessine un truc triste sur internet... Liste non exhaustive. L'on appelle à ne pas faire d’amalgame, à rester digne. Ces gens sont plus nombreux que ceux qui tirent et tuent. L'arbre, la forêt, tout ça.

        Certain(e)s dont la grandeur de leur cynisme n'a d'égale que la petitesse de leur intelligence, veulent « offrir » à la France un référendum sur la peine de mort. Je pense qu'on peut s'offrir le droit de regarder les villes se remplir de gens indignés, et devant la foule se dire que non, on ne déteste pas ces gens. Là, on s'offrira vraiment un moment un peu cool je crois. Un moment où, notre supériorité numérique de gens qui ne tuent pas à la moindre contradiction éclatera de toute son évidence, ça ne sera plus la honte d'être humain.


Ce constat fait, tout ira bien dans le meilleur des mondes.



S.